EDITORIAL du "Chasseur Nivernais" de Septembre 1998
de Monsieur Bernard Pignot, Président de la Fédération de chasse de la Nièvre.

fondgrillage4.jpg (9502 octets)La modification de la directive 79/409 et le futur statut des fédérations méritent certes, en cette fin d'année, toute l'attention des présidents de fédération. Ayant enfin perdu leurs illusions, les représentants des chasseurs seront, espérons-le, combatifs et vigilants.
Mais il est un autre problème tout aussi urgent à résoudre, celui de la dérive scandaleuse de la gestion du sanglier.
Animal mythique, autrefois, par sa rareté, son endurance et son courage, le sanglier, dont les populations ont littéralement explosé avec la multiplication des parcs d'élevage, est aujourd'hui le gibier de base de la chasse française.

Mais cette promotion ne s'est pas faite sans dommage pour lui !

Devenu aussi gras et commun que le poulet de batterie, il a perdu, au cours de cette mutation, toutes ces qualités d'animal sauvage. L'agrainage est sans conteste le principal responsable de cette dérive. Il ne se conçoit qu'en période de fermeture, à des dates bien précises, pour éviter les dégâts.

    Trop de chasseurs font actuellement l'inverse. Ils agrainent principalement en période d'ouverture pour attirer les animaux du voisin. Et comme ils sont nombreux à nourrir le même dessein, l'apport d'aliment est considérable.
    Ce procédé permet de gonfler artificiellement les possibilités d'accueil des territoires.
Mais les dégâts progressent en proportion et deviennent vite insupportables. Alors, pour les éviter, les fédérations entourent les massifs forestiers de clôtures électriques.
    À l'intérieur, un abattage systématique donne bien évidemment des tableaux impressionnants, indispensables, paraît-il, pour satisfaire des actionnaires de plus en plus exigeants qui en veulent pour leur argent.
  
sangliergrillage.jpg (12756 octets) Dès le mois de mars, des laies pleines, sorties des parcs, viennent combler les vides et assurer les tableaux de la prochaine saison.

    On stoppe bien évidemment, à cette époque, l'agrainage et les sangliers en surnombre, que la forêt est bien incapable de nourrir, franchissent alors les clôtures électriques mal entretenues pour chercher leur pitance dans les cultures environnantes.
Continuons dans cette voie et tout chasseur, digne de ce nom, laissera d'écoeurement son fusil au râtelier.

 Que fait-on au niveau national pour éviter cette issue fatale ? Eh bien ! on déplore la situation et on compte sur "ACTÉON" !C'est un curieux nom pour une association dont l'ambition est de promouvoir la chasse, car Actéon, chasseur et voyeur de la mythologie grecque, a mal fini, dévoré par ses propres chiens ! Mais quel présage 1

La chasse, en effet, n'est-elle pas en train de se faire massacrer par ses propres adeptes ?

Heureusement, plusieurs départements réagissent plus sérieusement et commencent à prendre des mesures.
   Le département de la Nièvre n'est pas le plus atteint par le mal, néanmoins, avec trois millions de dégâts, il était temps d'intervenir. Aussi, sur la proposition du Conseil Départemental de la Chasse et de la Faune Sauvage, un arrêté préfectoral interdit désormais l'agrainage en période d'ouverture de la chasse.
   Supprimer l'agrainage à cette époque, c'est aussi supprimer les lâchers clandestins. Il devient, en effet, sans intérêt de lâcher des animaux que l'on ne peut plus retenir sur place. Pour conserver une population de sangliers, voilà donc les chasseurs contraints de faire de la véritable gestion.

On évite également par cette mesure les concentrations exagérées d'animaux semi-apprivoisés. Les compagnies vont se disperser à la recherche de la nourriture. Les dégâts diminueront considérablement et le sanglier redeviendra rapidement l'un des plus nobles gibiers de nos forêts.

Les obsédés de la gâchette et du tableau pourront toujours aller se défouler dans certains enclos qui sont les maisons de tolérance de la chasse. 

Mais, généraliser ces pratiques en terrain ouvert, serait transformer la chasse française en un vaste et véritable bordel.

 Bernard PIGNOT.
( Après dix-huit ans de présidence de la Fédération, Monsieur Bernard Pignot, "frappé" par la limite d'âge, a tiré sa révérence le 12 mai 2000)

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Dernière révision : 11-09-2000.